Belgique : l'éthique s'invite chez Leterme

Publié le par cb

 

 

Icône flamande, l'écrivain Hugo Claus est la première personnalité publique à avoir publiquement disparu sous l'égide de la loi de dépénalisation conditionnelle de l'euthanasie, depuis son entrée en vigueur en septembre 2002. Son arrêt de vie intentionnel a d'autant plus été remarqué que le même jour, mercredi dernier, près de Dijon, disparaissait Chantal Sébire - cette Française frappée d'une esthésioneuroblastome lui dévorant le visage, à qui la justice venait de refuser la possibilité d'euthanasie à laquelle elle aurait pu recourir en Belgique.

Les décès étant simultanés, leur lourd contraste ne pouvait pas manquer d'être souligné. Des milieux catholiques y ont vu une publicité malsaine pour une dépénalisation à laquelle ils n'ont jamais pu souscrire. Des CD & V ont relayé leurs doléances. Alors même que le climat politique reste trouble, autour d'une majorité pentapartite qui n'a pas fini de se chercher, les répliques étaient inévitables. De manière telle que l'éthique refait son entrée dans la vie politique.

Un petit air d'arc-en-ciel

Ce fut évident, quoique bref et laconique, samedi à la Chambre, lors de l'investiture gouvernementale. Pourtant, on ne connaissait pas encore, alors, les propos du cardinal Danneels dans son homélie pascale (ci-dessous).

Président du groupe Open VLD, Bart Tommelein relevait que, l'accord ne soufflant mot du registre, "nous prendrons la liberté de développer des initiatives d'ordre éthique". De longs applaudissements ponctuaient l'annonce sur les bancs bleus, rouges et verts. Aussitôt, Thierry Giet renchérissait pour le PS : "Nous resterons libres de nos mouvements en matière éthique." Mêmes battements de mains ou mines sombres, selon un clivage rappelant l'arc-en-ciel. Soit cette majorité sans sociaux-chrétiens de la mi-99, à laquelle n'avait pas été étranger un propos en campagne du président du CVP, Marc Van Peel. Il avait signifié que son parti refuserait toute majorité de rechange "allant à l'encontre de ses convictions" sur des sujets comme les embryons surnuméraires, l'homosexualité et l'euthanasie. Vice-Premier, Herman Van Rompuy avait ajouté ce qui motivait ce veto (aussitôt déploré dans sa forme par le PSC) : le souvenir cuisant de la dépénalisation de l'avortement, pourtant sous un exécutif Martens.

L'histoire bégaierait-elle ? Si le CD & V s'est engagé à ne pas remettre en cause des réformes acquises sous les deux gouvernements Verhofstadt, il a déjà fait savoir qu'il ne serait pas favorable à des majorités alternatives sur de nouvelles réformes.

Que pourraient être celles-ci ? L'actualité fait penser aux (im)possibilités d'extension de la légalisation de l'euthanasie à des situations de mineurs ou d'inconscience. Pour rappel, elles avaient été évoquées dès le grand débat de 1999-2002, mais abandonnées, que ce soit par souci tactique ou eu égard aux difficultés de légiférer sur des situations d'incapacité juridique. Depuis, des libéraux flamands avaient relancé des propositions, restées lettre morte. Sont-elles en passe de revenir ? Auront-elles le temps de déstabiliser la majorité si celle-ci ne trouve pas... d'autres raisons de se déliter d'ici là ? www.lalibre.be Mis en ligne le 25/03/2008

 

 

Commenter cet article