France : acquittement de Lydie Debaine qui a mis fin à la vie de son enfant gravement handicapé ; plusieurs associations soutenant des personnes handicapées et leurs familles ont réagi.

Publié le

De son côté, le parquet a fait appel de l'acquittement prononcé le 9 avril 2008 par la cour d'Assises du Val d'Oise. Lydie Debaine, 62 ans, était accusée d'avoir donné la mort avec préméditation à sa fille gravement handicapée, qui n'avait plus la capacité de s'exprimer depuis longtemps.

Le procureur général de la cour d'appel de Versailles a annoncé jeudi 17 avril à l'AFP qu'il interjetait appel de la décision d'acquittement. « Sans méconnaître la situation dramatique de Mme Debaine, son profond désarroi et sa grande souffrance, il m'est apparu que le ministère public, avait le devoir, dans le souci de l'intérêt général, de requérir l'application de la loi et la condamnation de l'accusée », a expliqué Jean-Amédée Lathoud dans un communiqué. « Ce verdict d'acquittement pourrait en effet, être compris comme un encouragement à l'atteinte volontaire à la vie des handicapés, qui méritent notre protection et notre soutien », a-t-il encore déclaré. "Il m'apparaît que l'acte de Mme Debaine, s'il justifie une réelle compassion, ne peut être accepté en l'état du droit français, de nos valeurs éthiques et des principes qui fondent la vie en société", a-t-il dit.

Le Collectif contre l’handiphobie, qui s’était indigné de cet acquittement, appelle au sursaut moral de tous. La société a-telle fait tout ce qu’elle devait ?

« L'acquittement de Mme Debaine enfonce chacun de nous dans sa part d’ombre. Une maman a craqué : le désespoir l’a poussée à mettre fin aux jours de son enfant lourdement handicapé. De nombreux parents ont peur de craquer : ils résistent au désespoir en continuant de croire jour après jour que leur enfant a sa place parmi les vivants.

Le Collectif des Parents contre l’Handiphobie tient à exprimer son inquiétude et même son angoisse face aux doutes que les applaudissements à l'annonce de l’acquittement de Mme Debaine distillent dans notre société. Sans vouloir peser davantage sur les épaules de cette mère, nous regrettons que cet acquittement lance un message ambivalent dans un contexte où les personnes lourdement handicapées et dépendantes ont besoin d'être rassurées sur les intentions de la société à leur égard. Un sursaut est nécessaire pour ne pas glisser dans la confusion.

Derrière le drame de cette femme et de sa fille c'est la société tout entière qui ne leur a pas porté suffisamment secours qui doit se remettre en question.

Nous, parents d'enfants handicapés, nous avons besoin d'un message fort de la société qui nous rappelle que toute vie, même affaiblie, a du prix à ses yeux.

Nous, parents d’enfants handicapés, comprenons d’expérience qu’elle ait pu perdre pied, mais nous avons besoin d’être sûrs que ce geste n’est pas une solution, ne doit pas en être une.

Les personnes handicapées ont besoin d’être sûres que leur vie est autant protégée que celle d’une personne en bonne santé.

Nos enfants handicapés ont besoin de vivre dans un climat de sécurité, de protection, et de respect.

Tout citoyen a besoin que la société assure, y compris dans sa justice, ce climat qui garantit la paix dans les relations familiales surtout quand elles sont douloureuses. »

Ce communiqué est signé par Sophie et Damien Lutz, parents de Philippine, âgée de 8 ans, microcéphale et polyhandicapée, porte-paroles du Collectif contre l'Handiphobie.

De son côté l’Office chrétien des handicapés a publié un communiqué, où il s’interroge sur la souffrance et la solitude de Lydie Debaine, « qui s’est peu à peu laissée enfermer dans une relation exclusive avec sa fille, ne trouvant aucun soutien ajusté, et craignant que sa fille soit mal traitée dans le seul établissement qu’elle ait pu trouver. » L’OCH est révolté par la violence faite aux handicapés, dans une société où « la vie d’une personne gravement malade ou handicapée est un non sens ».

Et l’OCH rappelle être né à la suite d’un procès analogue :

« Il y a presque 50 ans, il y eut en Belgique ce qu’on a appelé “le procès de Liège”. Là aussi, l’acquittement de parents qui avaient tué leur fille gravement handicapée. Des scènes de liesse dans la rue avaient accompagné ce verdict. La violence de cet événement provoqua un grand sursaut des sociétés belge et française, manifestant un mouvement de solidarité à l’égard des personnes gravement atteintes et de leurs parents. Très concrètement alors, Marie-Hélène Mathieu fonda l’Office chrétien des personnes handicapées (OCH) pour soutenir les familles, susciter des réponses à leurs besoins, apporter un éclairage sur la valeur sacrée de la personne handicapée et sa place dans la société.

Aujourd’hui comme il y a 50 ans, d’un mal peut sortir un bien : le « oui » à la vie de toute personne, quelles que soient ses limites, l’appel à l’engagement de chacun et de toute la société pour son accompagnement, en particulier par la création de lieux de vie. »

 

www.libertepolitique.org

Commenter cet article