UCL : "Le 'C', c'est bien. Mais que signifie-t-il ?"
Paul Löwenthal défend la référence religieuse de l'Université de Louvain. "Il y a du pour et du contre", dit-il. Mais il faut réfléchir au sens du "C". "Qu'est-ce que cela veut encore dire ? Peu de choses, il faut l'avouer."
Paul Löwenthal, professeur honoraire d'économie (UCL), est l'ex-président du Conseil interdiocésain des laïcs.
Quelle est l'utilité d'une université catholique de nos jours ?
C'est celle de n'importe quelle université qui se rattache à une référence de sens. C'est-à-dire qu'à côté de tout ce qui est proprement rationnel, il y a une réalité que nous ne pouvons appréhender par la démarche philosophique et technique, qui a son importance. Ce sont des questions de sens, de valeurs, qui appellent un référent. Cela peut être le libre examen, comme une religion, mais il faut qu'il y en ait un.
N'y a-t-il pas un risque de conflit entre la référence religieuse et la science ?
Il n'y en a presque pas. Là où une interférence intervient, c'est par exemple dans la bioéthique. Vous pouvez avoir un conflit, entre non pas la science, mais la volonté du scientifique de pousser les recherches sur l'embryon ou d'exploiter les connaissances en thérapeutique, et la volonté religieuse de ne pas instrumentaliser l'humain et donc de ne pas toucher à l'intégrité de l'embryon humain. C'est donc en termes d'éthique professionnelle que le problème se pose. Ce n'est pas la science comme telle. Vous pouvez, de la même manière, et sans référence religieuse quelconque, estimer que l'on conteste les manipulations d'animaux vivants. Et c'est aussi pour des raisons morales. Ce n'est pas la science elle-même qui est en cause, c'est une déontologie. Cela dit, vous pouvez avoir un autre aspect, plus positif, au fait d'avoir un référent, en l'occurrence ici catholique. Nous pouvons rendre service à l'Eglise catholique par les connaissances que nous accumulons et par les recherches que nous faisons. Et si j'ai un regret à manifester, c'est que les autorités de l'Eglise n'y ont pas davantage fait appel. Elles ne le font pas ou presque pas.
Le "C" de UCL ne fait-il pas peur à certains acteurs ou partenaires ?
On peut imaginer que certains pensent que tous les membres de l'UCL sont des catholiques pratiquants soumis à toutes les injonctions romaines. On en est loin bien entendu. Mais je peux imaginer que cela puisse avoir un effet de marketing négatif vis-à-vis de certains secteurs limités. On peut aussi imaginer que pour certains types de besoins, le fait qu'il y ait un référent est plutôt une garantie de sérieux, qu'il n'y aura pas de réductionnisme scientifique. Aujourd'hui, alors que les universités catholiques fusionnent au sein d'une université unique, le nom provisoire est "Université catholique de Louvain". Pourquoi ? Parce que, internationalement, c'est le sigle qui est connu. Et le "C" est dedans, hein ! Donc, il y a du pour et du contre. Aux Etats-Unis, il y a une université jésuite qui s'appelle Georgetown, du nom de l'endroit où elle se trouve. C'est une autre façon de faire, cela évite d'afficher le "C", cela montre peut-être que la référence au sens se veut ouverte, mais cela reste une université catholique. Et tous ceux qui travaillent avec elle le savent.
Donc vous êtes pour le statu quo ?
Non, ce que je préconise, c'est de réfléchir à ce que le "C" signifie (fonctionnement, obligations, ouverture,...). C'est très bien de mettre un "C" mais qu'est-ce que cela veut encore dire ? Très peu de choses, il faut bien l'avouer. La Libre, Laurent Gérard