Belgique : Euthanasies : + 10 % en 2006
428 personnes ont été euthanasiées en 2006. Les trois quarts en Flandre. Des pratiques différentes ?
Trente-six patients bénéficient d'un geste d'euthanasie par mois en Belgique. C'est la moyenne pour l'année 2006, révélée samedi pour la première fois lors du troisième forum sur la fin de vie organisé au parlement. Un chiffre en hausse d'environ 10 % par rapport à ceux de 2005. Une hausse constante depuis 2004, montrant que le recours à la protection de la loi augmente, même si ce chiffre ne détaille que les euthanasies dépénalisées et reste muet sur le reste de la fin de vie.
Car ce chiffre de 428 cas continue à laisser perplexe en ce qu'il recèle un fort déséquilibre entre nord et sud : 340 déclarations ont en effet été rédigées en néerlandais, soit 79 % du total, un chiffre bien plus élevé que si les pratiques étaient identiques dans les deux communautés.
« Deux hypothèses : soit l'euthanasie est moins pratiquée dans la partie francophone, soit elle est moins déclarée », explique le docteur Marc Englert, professeur honoraire à l'ULB et membre de la commission d'évaluation de l'euthanasie. « Moins pratiquée ? C'est possible. Les médecins francophones ne disposent pas de la même information sur la loi et les techniques à utiliser. En Flandre, un groupe de soutien pour médecin a été mis en place quasi avec la loi, en 2002, tandis qu'il se met actuellement avec difficulté en place en Wallonie. »
« Moins déclarée ? C'est possible aussi. Nous identifions tous des médecins paternalistes, non démocratiques, qui estiment qu'ils n'ont pas de comptes à rendre sur leurs pratiques. Ou d'autres qui utilisent encore la morphine ou des sédatifs à forte dose, ce qui n'est pas la bonne technique. » Des médecins présents témoignent que le malade peut alors survivre plus de quatre jours à cette surdose, épuisant la famille, dans un inconfort qui n'a rien à voir avec les méthodes prescrites. Ces dernières permettent au contraire au patient de s'endormir dans la quiétude après avoir pu dire au revoir en toute dignité à ceux qui lui sont chers.
En cause, un manque de formation et d'information dénoncé par les auteurs mêmes de la loi : « C'est l'exécutif qui doit prévoir l'accompagnement de la loi. Aux Pays-Bas, une information de l'Etat a été mise en place dès le vote de la loi. En Belgique, ce sont des associations qui doivent rédiger et diffuser ce type de documents, et rien n'est prévu dans la formation des jeunes médecins », explique Jacqueline Herremans, présidente de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité.
Le chiffre de déclarations minimise-t-il lourdement le nombre de gestes effectivement posés ? Le Pr Englert ne le pense pas : « Sur la base d'études effectuées avant la loi, on estime que 0,3 % des décès étaient des euthanasies. Le chiffre actuel est de 0,6 % des décès en Flandre, où l'on peut considérer que les euthanasies clandestines ont disparu mais aussi que la loi a permis des gestes qu'autrefois on n'osait pas poser. Mais en Communauté française, où il est de deux décès pour mille, la question reste posée. »
Autre chiffre interpellant : une grande partie des euthanasies, dont bénéficient en priorité les malades du cancer (86 %), pas nécessairement âgés (seuls 17 % ont plus de 80 ans), ont lieu à la maison : 40 %. Un chiffre plus élevé que prévu. Mais rien n'existe au niveau de l'Inami pour valoriser le retour à la maison et la préparation que cela suppose, a expliqué Jean-Paul Van Vooren, médecin directeur à l'hôpital Erasme. « Créer un code spécifique pour un acte d'euthanasie mettrait en danger l'anonymat du médecin et la confidentialité du contrôle », a fait remarquer le sénateur Philippe Mahoux, coauteur de la loi. « Créons alors un code qui parle de préparations et de discussions sur la fin de vie », ont rétorqué d'autres intervenants. Source : Le Soir
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