Belgique : la KUL n'a pas peur du Vatican
Le vice-recteur a indiqué que l'université ne reculerait pas si Rome faisait monter la pression à l'égard des pratiques bioéthiques de ses chercheurs et ce même si l'institution devait perdre son "K". Dans une interview au journal De Morgen, le vice-recteur de la KUL, Mark Waer, responsable pour les sciences biomédicales de l'université flamande, a déclaré récemment que les scientifiques n'ont pas l'intention de reculer si le Vatican faisait monter la pression à l'égard des pratiques bioéthiques des chercheurs, jugées indignes d'une institution catholique. Même si le Vatican retirait la reconnaissance officielle comme institution catholique à l'université, les dirigeants de la KUL ne changeront pas de cap, a-t-il dit. "Si la KU Leuven devait perdre le K, cela serait dommage, mais pas dramatique", a déclaré Mark Waer. La direction de la KU Leuven se prépare donc à toutes les éventualités. Ethique et religion ne doivent pas être identiques, dit-on au rectorat de l'université catholique flamande.
Dilemme
Selon le vice-recteur, l'origine divine de la vie humaine ne signifie pas qu'il serait interdit de perfectionner cette vie, "c'est un aspect du travail scientifique à l'université".
Au mois de juin, les spécialistes de la fécondation in vitro et des cellules souches de l'UCL et de la KUL ont été invités à s'expliquer sur leurs pratiques au Vatican. Mark Waer était membre de cette délégation, qui a confronté les représentants de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi au dilemme suivant.
Dans un hôpital, on garde dans une chambre cinquante embryons dans un récipient, dans une autre chambre se trouve un bébé nouveau-né.
En cas d'incendie, laquelle des deux chambres va-t-on évacuer prioritairement, celle avec les cinquante embryons, ou celle avec le bébé ?
Les chercheurs de la KUL sont d'accord pour dire qu'il faut traiter les embryons de façon respectueuse, mais "un embryon ne représente pas une valeur absolue comme le prétend le Vatican", explique le vice-recteur.
Mark Waer comprend que les experts du Vatican se trouvent dans une position difficile. Quand ils expliquent la doctrine officielle de l'Eglise en matière de bioéthique, on leur répond chaque fois que les universités catholiques en Belgique agissent autrement.
Sous la pression des croyants conservateurs, la Georgetown University à Washington a dû fermer son centre de fécondation. Les Américains demandent maintenant au Vatican pourquoi on laisse continuer les chercheurs à Louvain.
Mark Waer n'est pas seul. Le recteur de l'université flamande, Marc Vervenne, a déclaré que la KU Leuven continuera son travail scientifique en utilisant des embryons, bien que l'Eglise ait condamné cette pratique. Le vice-recteur de la KUL a d'ailleurs déclaré dans la même interview au journal De Morgen qu'un patient qui exprime le désir d'euthanasie ne rencontrera pas un refus dans les cliniques universitaires.
"Dans certains cas, l'euthanasie est une bonne solution. Je trouve la notion de valeur absolue très dangereuse", dit Mark Waer. Et il va encore plus loin : "Nous allons communiquer ouvertement sur nos pratiques".
Moins d'étudiants étrangers ?
Comment tout cela sera pris par l'évêque de Namur, Mgr André-Mutien Léonard, une fois que celui-ci aura pris la relève de Mgr Danneels l'année prochaine, n'est apparemment pas un élément déterminant pour l'université flamande.
Vivre sans K est tout à fait possible, dit-on au rectorat, seules les opportunités de carrière au sein des institutions ecclésiastiques des étudiants en théologie seraient problématiques.
Cela se traduira certainement par une perte d'étudiants étrangers. Apparemment, les spécialistes de la fécondation in vitro et des cellules souches à la KU Leuven se préparent en toute sérénité au moment où le cardinal Danneels ne sera plus là pour jouer son rôle de tampon entre l'université et les autorités ecclésiastiques. www.lalibre.be 20070716