Fin de vie : A lire : « Vaincre la douleur »

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« Quand Marie a amené son père aux urgences du centre hospitalier Gabriel-Martin, un matin de novembre 2001, elle ne se faisait guère d'illusions sur l'avenir du vieil homme. Agé de 87 ans, il était atteint depuis deux ans d'un cancer du rein non opéré. Et, ce jour-là, il souffrait d'une rétention aiguë d'urine. Après deux tentatives infructueuses de sondage, une échographie et un sondage enfin réussi, il a été transféré en milieu d'après-midi au centre hospitalier départemental. Il y est décédé une heure plus tard. Cette mort, Marie l'a acceptée. En revanche, elle ne pensait pas que l'on pût, dans un hôpital, laisser souffrir autant un malade. Aucun traitement susceptible de le soulager n'a été administré à son père au cours de son ultime journée. Profondément choquée, Marie attaque l'hôpital Gabriel-Martin en justice. En mai 2003, le tribunal administratif de Saint-Denis (La Réunion) condamne l'établissement à lui verser 1 euro en réparation du préjudice moral. Elle fait appel. Et le 13 juin 2006, la cour administrative d'appel de Bordeaux, considérant qu'il y avait eu « une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier », fixe l'indemnité à 1 500 euros. Le docteur Alain Serrie (1), qui dirige le service de médecine de la douleur et de médecine palliative de l'hôpital Lariboisière, à Paris, s'est félicité de cette première condamnation d'un hôpital (récemment publiée) lors de la conférence de presse organisée pour présenter la 2ème Journée nationale de prévention de la douleur, le lundi 15 octobre (Journée mondiale, le 12).

 

«  Ce qui se passe aujourd'hui pour les personnes âgées et les patients qui subissent des soins douloureux est aussi inacceptable que ce qui se passait pour les nouveau-nés il y a encore dix ou quinze ans en France, affirme ce spécialiste à l'origine du premier plan douleur en France et chargé de son application. On les opérait sans leur donner d'antalgiques, car on croyait qu'ils ne ressentaient pas la douleur. »

 

Depuis 1998 et l'instauration du premier plan Kouchner (alors ministre de la Santé), les soignants sont beaucoup plus attentifs à la souffrance, notamment celle des jeunes enfants. Les patients osent réclamer qu'on les soulage. L'enseignement de la douleur (et des soins palliatifs) est devenu obligatoire dans toutes les facultés de médecine. Et des centres spécialisés dans la prise en charge de la douleur se sont ouverts dans les grands hôpitaux. Reste à se pencher sur les souffrances liées au dépistage et aux soins. «Nous savons que certains actes provoquent des douleurs aiguës, relativement simples à prévenir, affirme Alain Serrie. Mais, si rien n'est fait, la répétition de ces douleurs aiguës, pendant des jours, voire des mois, fait le lit de la douleur chronique, bien plus difficile à soulager.» Et si de l'argent a bien été débloqué pour lutter contre la douleur, rien ne prouve qu'il soit correctement employé. Le troisième plan - 2006-2010 - a été doté par Xavier Bertrand (alors ministre de la Santé) de 27 millions d'euros sur quatre ans. Mais cette somme est noyée dans les enveloppes globales attribuées chaque année aux établissements de santé.

 

L'argent de la douleur peut donc très bien servir à financer des dépenses jugées plus urgentes, voire à combler un déficit. Des travaux menés auprès de volontaires montrent que les femmes sont plus sensibles à la douleur que les hommes. Selon d'autres études, elles déclarent plus souvent ressentir des douleurs physiques (31, 8 % contre 26, 1 %) ou morales (8,2 % contre 4 %) que les hommes. « La douleur, la femme : spécificités et prévention » est donc le thème de cette 2ème Journée nationale de prévention de la douleur »

 

11 octobre 2007 (Le Point - Anne Jeanblanc)

 

1. « Vaincre la douleur », à paraître le 18 octobre 2007 (Michel Lafont, 308 pages, 19 E). 

 

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