Stérilisation : point de l’Association Française pour la Contraception
- Importance de la stérilisation en Europe et en particulier en Angleterre
« Dans le monde, un quart des adultes en âge de procréer utilisent la stérilisation, hommes ou femmes. La stérilisation est très développée en Asie. Dans les pays développés, elle est numériquement beaucoup moins importante et utilisée prioritairement par les hommes. Il existe une variation importante du recours à la stérilisation selon les pays européens. C'est une pratique fréquente en Angleterre, aux Pays-Bas et en Espagne. S'intéresser à la stérilisation et à la vasectomie mérite un rappel historique de cette dernière. En 1918, la mode était à la vasectomie dans un but de rajeunissement ; Sigmund Freud y a eu recours. Il y a eu de nombreuses situations d'obligation de recours à la stérilisation en Allemagne, en Suède (personnes handicapées). En Suisse, la stérilisation obligatoire appliquée à la communauté gitane s'est prolongée jusqu'en 1972. En dehors de cette exception suisse, la liberté du recours à la stérilisation prévaut depuis les années cinquante. Depuis 1972, la stérilisation est gratuite en Angleterre et prise en charge par le «National Health Service». La législation sur la stérilisation est différente dans chaque pays européen. Il n'existe pas de loi régissant la stérilisation au Royaume-Uni où il s'agit d'une pratique très courante. La stérilisation y bénéficie de recommandations médicales nationales et de programmes de formation destinés aux urologues, aux centres en charge de la contraception et aux GP (général practice). Les statistiques anglaises révèlent que 22% des couples utilisent cette méthode contraceptive. Dans 9% des cas, c'est une stérilisation féminine et dans 11% des cas masculine. Le recours à la stérilisation augmente avec l'âge, surtout après 40 ans ou 50% des couples y ont recours. Le problème actuel en Angleterre est plutôt l'excès de recours à la stérilisation notamment à la vasectomie. L'intervention de réversion n'est pas prise en charge par le NHS. La formation des professionnels évoquée ci-dessus insiste sur l'offre de choix contraceptif du patient, son information sur le caractère permanent de la stérilisation et l'obtention d'une signature de consentement éclairé. »
Avril 2008 (Abstract Gynécologie - communication du Dr Anne Web, Liverpool, membre de l'OMS et de la Société Européenne de Contraception – Congrès du 14 mars 2008)
- Stérilisation masculine en France : des freins culturels
« Le Pr Jardin a pratiqué la vasectomie pendant plus de trente ans mais de manière numériquement confidentielle. Il s'agit pourtant d'une méthode très simple et très efficace. Tout chirurgien est apte à la réalisation de la vasectomie. Il s'agit de la plus économique des contraceptions. Licite et légale, la vasectomie n'a aucune conséquence néfaste. Il y a une possibilité de réversibilité par vaso-vasostomie. Selon Hendry en 1994, un taux de 44% de grossesses est obtenu après intervention de réversion. On peut proposer une conservation de sperme puisqu'une recomposition familiale est toujours à envisager. Dans le pire des cas, une technique de PMA avec spermatogonies prélevées en amont et ICSI est possible. Au Québec, un quart des hommes de plus de 40 ans a une vasectomie. L'étude américaine sur la pathologie prostatique MTOPS 2003 qui concernait 3 047 hommes de 55 à 70 ans a révélé 26% de vasectomisés. Sur une étude concernant la méthode de contraception utilisée par des couples, 9% des Américains et 0% des Français citent la vasectomie. En bref, la vasectomie n'est pas pratiquée en France. Pourquoi si peu de vasectomies en France? En ce qui concerne la légitimité et la légalité, on ne note aucun changement malgré la loi de 2001. On remarque une absence systématique de proposition de vasectomie, notamment sur les plaquettes d'information sur la contraception. L'eugénisme intervient immédiatement dans le débat sur la vasectomie. Dans le même travail de l'INSERM, S. Bateman expose qu'il n'y a pas de débat possible dans le domaine de l'éthique concernant la stérilisation notamment masculine en France. La vasectomie a un aspect transgressif, y compris pour les psychanalystes. Le marché économique de la contraception est énorme. Il n'y a aucun intérêt économique à prôner la vasectomie : un seul acte dont la cotation est de 54 euros. Pour l'avenir, on ne peut qu'espérer une meilleure information sur la vasectomie et que cette diffusion passe par les femmes. Les gynécologues ont une mission informative de même que les centres d'orthogénie. »
1er Avril 2008 (Abstract Gynécologie - communication du Pr A. Jardin, urologue, Paris – Congrès du 14 mars 2008)
- La stérilisation féminine
« La stérilisation est légale en France depuis la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001. Le délai de réflexion légal après une première consultation est de quatre mois. Il faut savoir qu'il n'existe en France aucune donnée chiffrée sur la stérilisation, même sept ans après sa légalisation (pas de registre, pas d'études, etc.). Historiquement, la stérilisation tubaire existe en France depuis le XIXe siècle, surtout dans un contexte eugénique. La technique classique au cours d'une laparotomie est dite Pommeroy. En 2000, une étude sur cette intervention pratiquée au décours de césarienne a mis en évidence un taux de regrets ultérieurs de 56%. La stérilisation peut être réalisée par voie vaginale à l'aide d'une colpotomie postérieure mais cette technique reste marginale. Jusqu'en novembre 2007, la cœlioscopie était la technique de référence avec la pose d'anneaux de Yoon. Le taux d'échec est de 1,77% et il s'agit d'un geste chirurgical avec un caractère morbide. Aucune des méthodes répertoriées ci-dessus n'a un taux de réussite à 100% et il faut toujours préférer la moins dangereuse et la moins délétère pour la patiente. (…) » 1er Avril 2008 (Abstract Gynécologie - communication du Dr P. David, Gynécologue, Clinique Jules Verne, Nantes - Congrès du 14 mars 2008)
Avis de l’ADV : Sans doute notre culture est-elle plus naturellement rétive à ces automutilations. Le geste est particulièrement radical, même si la vasectomie (masculine) est partiellement réversible. On aimerait, plutôt que la promotion de l’extension de ces techniques à la France, la dénonciation de sa pratique. Le seul fait que 56 % des femmes interrogées lors d’une étude affirme regretter de s’y être soumise dans la panique montre l’ampleur du scandale.