Belgique : cryopréservation et greffe de tissus ovariens
En septembre 2004, St-Luc annonçait la première naissance au mondeaprès greffe du tissu ovarien. La maman de Tamara avaiteu un lymphome hodgkinien. La quatrième naissance au monde est prévue très bientôt à l'hôpital Erasme.
C'était un beau jour, un très beau jour même, de septembre 2004. En venant au monde, Tamara sème le bonheur. Avant tout et plus que tout, "la plus jolie des petites filles" comble de joie ses parents. Mais la mignonne vient aussi couronner dix années de recherches de toute une équipe, en l'occurrence le service de gynécologie et d'andrologie du Pr Jacques Donnez aux Cliniques universitaires St-Luc. Enfin, et ce n'est pas le moindre mérite de la petite, Tamara a surtout redonné espoir à toutes ces jeunes femmes qui, précocement ménopausées notamment suite à un traitement contre le cancer, et donc rendues stériles, pourront dorénavant bénéficier d'une cryopréservation ovarienne, ainsi espérer une restauration de l'activité de leurs ovaires et, avec celle-ci, une grossesse.
" Auparavant, on administrait des médicaments aux jeunes filles atteintes d'un cancer en leur expliquant qu'ainsi, elles seraient moins réglées pendant leur chimiothérapie , nous explique le P r Donnez, mais personne ne leur disait qu'en fin de traitement, elles auraient un risque de ménopause. Jeunes femmes guéries et mariées, elles débarquaient alors chez leur gynécologue quelques années plus tard pour lui faire part de leur intention d'arrêter la pilule en vue d'une grossesse. Mais trois à quatre mois plus tard, toujours pas réglées, ces jeunes patientes devaient affronter une nouvelle épreuve : s'entendre dire qu'elles étaient ménopausées et stériles. Pour ces jeunes femmes, cela équivaut à un éclatement interne ."
Une intervention bénigne
Le principe de la cryopréservation ovarienne consiste à prélever, aussitôt après la pose du diagnostic de la maladie susceptible d'occasionner des lésions au niveau de l'activité ovarienne, soit en l'occurrence avant la première cure de chimiothérapie, par exemple, des fragments de tissu ovarien. Au repos à la surface de l'ovaire, les follicules primordiaux sont prélevés, en raison de leur caractère très résistant à la cryopréservation.
Cette intervention bénigne se fait par laparoscopie (insertion d'un mince instrument, le laparoscope, au travers d'une petite ouverture effectuée sous le nombril). L'ensemble des manipulations dure entre trois quarts d'heure à une heure. Ensuite intervient le laboratoire. Deux heures sont nécessaires pour refroidir le tissu ovarien qui peut être congelé à moins 196 degrés pendant plusieurs années. On pourra ensuite effectuer des prélèvements successifs afin de faire bénéficier la patiente d'autant de greffes.
"Le moment le plus délicat fut celui de la réimplantation, nous avait expliqué à l'époque le P r Donnez, car nous étions parmi les premiers à le faire à cet endroit, c'est-à-dire en site orthotopique. Nous étions dans la totale inconnue. Nous avons créé une petite fenêtre péritonéale pour induire la néovascularisation. Il a fallu essayer de développer des phénomènes qui permettraient de rétablir une vascularisation très rapide au niveau du greffon. Ceci constitue le fruit de dix années de recherches."
Bilan et perspectives
Avec les quelques années de recul qui nous séparent aujourd'hui de la naissance de Tamara, on peut aujourd'hui affirmer que chez aucune des patientes réimplantées, le cancer n'a été à nouveau induit. On a également observé que le laps de temps entre la greffe et la première ovulation, soit la restauration de l'activité ovarienne, varie entre 4 à 5 mois. Après quatre ans, ce qui correspond au plus long follow up en ce qui concerne une greffe de tissu ovarien, on a pu constater que l'activité ovarienne est toujours effective. Et si, dans tous les cas, la fonction ovarienne a été rétablie; dans plus de 10 pc, la greffe après cryopréservation a permis une grossesse.
A l'heure actuelle, on compte environ 25 greffes de tissu ovarien dans le monde, dont 7 ont été réalisées à St-Luc où 250 femmes ont déjà eu leur tissu ovarien cryopréservé et 9 patientes un ovaire entier congelé. A ce jour, on peut se réjouir de trois naissances : la première en Belgique, la deuxième en Israël et la troisième au Danemark. D'ici quelques semaines, l'équipe du Pr Yvon Englert de l'hôpital Erasme sera fière d'annoncer la quatrième naissance au monde suite à un traitement par cryopréservation ovarienne.
Quant à l'avenir, si la greffe de tissu ovarien est certes une étape importante " on va probablement l'améliorer en greffant, plus tard, des ovaires entiers , nous confie encore le Pr Donnez, au lieu de prélever du tissu ovarien sur les deux ovaires, on devrait dans le futur plutôt prélever un ovaire avec son pédicule vasculaire. Sur base d'expériences menées sur le mouton, on sait que l'ovaire cryopréservé dans son entièreté maintient son potentiel de sécrétions d'hormones mais aussi des possibilités de grossesses via des ovulations avec des oeufs normaux. Cela dit, si le taux de succès obtenu avec le tissu ovarien qui actuellement de 10 pc passe à 30 ou 40 pc dans le futur, on continuera cette technique moins invasive et moins risquée qui présente, en effet, l'avantage de pouvoir être pratiquée par laparoscopie" . www.lalibre.be 20070418